Texte remis dans le cadre du CQM en mai (?) 2004. Ce texte est important dans la mesure où il permet de dégager une manière de voir les choses. Alors que nous étions appelés à remettre des projets, nous avons préféré - en tant qu’il s’agit d’un premier acte - remettre une réflexion générale, même non aboutie, dont l’objectif est de poser les jalons d’une réflexion de ce qui pourrait être un ’diagnostic’ qui a manqué et de quelques unes de ses conséquences. A partir de là, le contenu de ce texte est parfaitement discutable... dans le sens premier de ce terme : à discuter.
« Parler de territoire, c’est parler d’amour. C’est avoir rendez-vous avec le passé enfoui et le futur lointain. C’est parler de sa destinée individuelle et celle de l’humanité. On ne peut le faire sans émotion et sa ns timidité. Emotion de toucher aux empreintes laissées par l’enchevêtrement des passions, des volontés et des obstinations, sédimentées sur des siècles. Timidité de devoir tracer des perspectives d’avenir dans une période où tant d’incertitudes pèsent sur le long terme »
Pierre Calame, directeur de la Fondation pour le Progrès de l’Homme
Ceci constitue un “premier jet”, non exhaustif. Beaucoup de choses sont ‘oubliées’.
Cependant, ce texte doit être considéré comme un point de vue, une manière de regarder et de proposer des projets. L’idée proposée ici est de regarder « poétiquement » le quartier, de dégager ses lignes de force, ce qui pourrait relier gens et choses au-delà des intérêts (toujours louables) de chacun mais en leur offrant la possibilité d’être « transcendés » même s’ils doivent être confrontés (par le débat). Comme il est souvent dit, « le tout n’est pas la somme des parties » surtout quand ces dernières sont pleines de contradictions et de volontés hégémoniques. L’idée est de dépasser cela et de voir le territoire, aussi petit soit-il, comme un lieu d’une expression multiple, collective et donc belle, composé d’individus autonomes et libres mais conscients des questions du vivre ensemble. C’est donc un projet volontariste.
Situation et géographie naturelle
Le quartier est complètement situé sur le bassin versant du Maelbeek. Il s’étend sur les deux versants de ce vallon. Cependant, très urbanisées et macadamisées, ses pentes renvoient ses eaux de surface ruisselantes vers les bas, où elle peuvent former inondation dans la rue Gray. Ce quartier est situé sur le même bassin versant que le quartier des étangs. Une unité géographique s’en dégage, des intérêts communs existent. Un lien symbolique autour de l’eau exite également existe entre les quartiers du périmètre considéré et les quartiers placés au delà du contrat mais situés en aval (Etterbeek, Saint-Josse et Schaerbeek situés eux aussi sur le Maelbeek). La place Jourdan est une place sœur de la place Flagey située sur la vallée du Maelbeek
Situation et urbanité
Situation exceptionnelle entre divers pôles de développement bruxellois : proximité de la place Flagey (un futur centre ville) proximité du Parlement européen proximité des nouvelles extensions de quartiers européens (ancien Hôpital militaire) proximité de l’axe porte de Namur - Universités etc ; La rue Malibran forme un axe symbolique situé entre ces divers pôles de développement entre Blijkaerts et Flagey, en le prolongeant de part et d’autre Situation générale du quartier placée en « contre point » des quartiers situés de l’autre côté de la place Flagey. Ce quartier avec le quartier des étangs forme dans leur apparente contradiction une dynamique qui trouve son centre de gravité sur la place Flagey (intéressant jeu d’opposition où il y a autant d’arbres et de poissons d’un côté de la place qu’il y a de créativité urbaine de l’autre...joke). Ce quartier, avec le quartier Blijkaerts-Matonge et le nouveau quartier de l’Hôpital militaire, peuvent être perçus comme formant un ensemble dynamique à très haute valeur urbaine ajoutée dont le trait commun est - malgré des caractéristiques différentes propres à chacun de ces quartiers -, la complexité sociologique et culturelle qui les compose. Ils sont un reflet de la ville de demain. Ceci dit et vu la situation exceptionnelle de ce quartier le risque de pression immobilière dans ce périmètre est énorme et a déjà commencé. Risque de voir un quartier se développer sur le modèle ‘classe internationale’, divers certes, mais au mode de vie essentiellement bourgeois qui vient en contradiction avec les points précédents.
Dynamiques sociales et culturelles
Evidente diversité culturelle du quartier et très grande mixité sociale. Si une bourgeoisie est bien implantée dans le quartier, elle côtoie de manière très intriquée une population beaucoup plus précaire comme de nombreux chômeurs ou de demandeurs d’asile ou de sans papiers. Très forte dynamique citoyenne : Multiples comités de quartier de grande qualité (comités Flagey, Brasserie, cité) Nombreux collectifs culturels ou artistiques travaillant sur le rapport culture ville et les solidarités (moving city, artefakt, Assemblée des voisins Ixelles, Ayni et divers collectifs Sud-américains et portuguais (centre Simon Bolivar rue Dillens, Espace couleurs femmes, Forum de la participation, Parcours citoyen, Journal de gens d’Ixelles, etc.) A souligner véritablement : capacité exceptionnelle de nombreux habitants à mobiliser un matériel personnel, à ouvrir leurs maisons, à offrir leurs compétences et leur temps pour monter des projets à caractère collectifs. (et plus spécifiquement rue de la Brasserie, rue Marie-Henriette, comité Flagey, comité Cité et Parcours citoyen, Journal des gens d’Ixelles et moving city, Réseau citoyen, Assemblée des voisins). Cette formidable dynamique est soutenue par quelques institutions associatives pour certains projets (Habitat et rénovation, Elzenhof) mais trop peu par les pouvoirs publics d’une manière générale (timides tentative avec rues citoyennes). Associations culturelles multiples mais pas toujours ouvertes (association de la mosquée, associations portuguaises, etc.) Un travail d’ouverture et de rencontre est encore à faire à ce niveau, mais prise de conscience de ce manque de la part de certaines d’entre elles (voir article Malibran en chaud et froid du JGI). Début de prise de conscience de divers commerçants de la rue Malibran sur l’intérêt à montrer que les commerçants sont aussi des citoyens capables d’un intérêt collectif. (Voir Journal des gens d’Ixelles, article “Malibran en chaud et froid”). Mais un très gros travail reste à accomplir à ce niveau : disparition de la brocante (?), difficultés pour le Grand banquet à se remettre en route. Très grande concentration d’artistes ou d’institutions artistiques nombreux plasticiens, musiciens, chorégraphes dont certains acceptent de travailler de manière collective (CentAzér0) ou dans l’espace public (atfakt, moving city, etc.) diverses écoles (école des arts, académie pas très éloignée, dynamique de la place Flagey, école de la Cambre à proximité,Marni dans le quartier, etc.) et bien sûr, le musée d’Ixelles insuffisemment intégré dans son quartier. Créativité culturelle et inventivité sociale importantes : l’Appel à idées de la place Flagey, le Grand banquet et la Toile de quartier en chantier, l’Assemblée des gens du Maelbeek et les questions liées à l’eau, la Foire des possibles, Mon quartier en noir et blanc et la question de la santé et du bien être, CentAzér0 et le Grand livre de la paix, Réseau citoyen et le développement du réseau Wifi de Bruxelles, le Journal des gens d’Ixelles et l’information locale, etc. Cette inventivité n’est quasi pas soutenue par les pouvoirs publics et très peu par les associations institutionnalisées (à part H et R). Un associatif institutionnalisé intéressant mais peu nombreux : excellent support d’Habitat et rénovation vis-à-vis des habitants un centre de formation professionnelle actif (Idée 53) un peu en dehors du périmètre, mais apportant un bon soutien également : SOS jeunes-Quartier libre et Elzenhof
Espaces publics et équipements de proximité
peu d’espaces de rencontres vraiment ouverts et “libres” : pas de places publiques dignes de ce nom, on le sait, elles sont placées en périphérie peu d’espaces publics - mêmes petits - où l’on se sente bien pas d’équipements de proximité véritablement ouverts et gérés par les habitants (associations de la mosquée n’est pas ouverte à tous, Espace Malibran pas ouvert tout le temps et surtout pas géré par les habitants du quartier,...) peu de cafés véritablement dynamiques dans le quartier (il n’y a que l’Après tout qui puisse former un lieu de rencontre ouvert à tous. Le Belga n’est pas perçu comme étant du quartier et les cafés de la place Flagey non plus) manque évident d’espaces verts dans le quartier même et d’espaces de jeux pour les jeunes.
Il s’agit de dégager et renforcer une ’identité collective et spatiale’ (lien avec le territoire naturel et urbain) pour également tenter de dépasser les conflits liés aux intérêts particuliers). Il s’agit donc de définir une « grande ambition » pour le quartier.
Généralités
mise en valeur de l’ensemble de la dynamique positive et éminemment urbaine du quartier, ce qui veut dire : valoriser la dynamique d’inventivité sociale et culturelle. Cette inventivité doit être perçue comme un défi à relever et un pari dans notre monde contemporain (renforcer une dimension de la mondialisation qui ne soit pas seulement ‘marchande’, pour faire simple), dont la valeur symbolique dépasse donc le quartier lui-même ; valoriser la situation géographique d’urbanité (aspect de métropole) et démontrer que la vie dans ces quartiers à très haute densité et diversité est possible et même mieux, qu’elle est souhaitable et qu’elle peut représenter un devenir possible dans un monde où la majorité des humains va vivre en ville ; valoriser sa situation géographique en rapport à la nature (nous sommes dans une vallée ou l’eau compte). Travailler avec l’eau comme lien entre les hommes mais aussi avec le ‘cosmos’. On peut renforcer l’idée de ‘solidarité de bassin versant’ ; valorisation de la notion d’espace public d’une manière générale par la mise en place d’œuvres créatives et artistiques et par un travail de réflexion général sur cette notion (éviter la privatisation de l’espace ublic) ; mise en valeur de la créativité artistique qui foisonne dans les quartiers ; et de la sorte, valoriser la tension créative entre le quartier Malibran et Flagey (valorisation de la richesse socioculturelle face aux industries culturelles et à la haute culture) ainsi que les échanges entre le quartier Malibran et le quartier des étangs. Cette conception des choses doit être travaillée avec le développement de la place Flagey en elle-même comme espace de rencontre et la valorisation des étangs qui va avoir lieu.
Identifications plus précises :
Spatiales :
Renforcement de la rue Malibran comme axe d’identité du quartier (identité ouverte bien entendu) et comme espace global de rencontre. Il y a à cet endroit un véritable travail innovant à réaliser qui ne se résume pas à la question de la largeur des trottoirs et de la place que prennent les camions en double file. Il faut porter un questionnement sur la place des commerces dans la cité, sur les possibilités de rencontres, sur la diversité culturelle et sociale, etc. Cet axe doit devenir la place publique du quartier Malibran. Il faut également le penser dans la continuité de la place Flagey et comme axe trouvant sa prolongation symbolique avec les étangs d’Ixelles (Yin et Yang). ; Renforcement d’un axe symbolique perpendiculaire reliant les quartiers avoisinants (Matonge et Hôpital militaire) par un ensemble de signaux mêlants créativité (artistique), convivialité et travail de l’eau, formant un parcours traversant la vallée du Maelbeek ; Réflexion sur un traitement des eaux de surface qui ouvre sur l’avenir (opposition à la gestion centralisée type bassin d’orage) en travaillant de manière très décentralisée dans les quartiers à partir de notions telles que l’infiltration, l’évaporation et le ralentissement de l’eau, notamment (fontaines, rigoles, petits parterres, etc.). Cela peut supposer l’émergence de nouveaux savoirs-faire artisanaux et ouvre sur une réflexion sur la gestion de l’eau de manière générale (remise en route des puits individuels, etc.).
Sociales et culturelles :
Il s’agit de renforcer la dynamique culturelle spécifique et inventive qui règne déjà dans le quartier. Renforcer les pôles de créativité urbaine que sont les habitants eux-mêmes avec les réseaux existants mais également en les ouvrant encore. Soutien à la mixité sociale et à la solidarité urbaine par un travail innovant sur la question du logement. Le droit au logement étant lié au coût des loyers, ces derniers devraient être modérés. Il s’agit de créer une dynamique où le logement n’est donc pas seulement le jouet du marché mais - outre les mécanismes macroscopiques de redistribution (logements sociaux, ou logements appartenant au domaine public) - forme également un enjeu de la rencontre et de la cohésion sociale elle-même en terme d’échanges multiples et de formation. Réflexion sur l’espace public en général. Eviter sa privatisation par son embellissement de manière participative et dans une mise en relation avec le travail de l’artiste... Enjeu de formation à cet égard également.
Travail culturel et de recherche sur la rue Malibran. Prendre le temps de travailler avec les commerçants et les habitants pour imaginer un projet d’aménagement de l’espace public qui permette de renforcer l’axe symbolique qu’il peut devenir. L’idée de Souk est apparue, elle pourrait être discutée. En tout cas nécessité de développer une certaine « qualité ». Il s’agit donc de faire adhérer les habitants et commerçants de la rue Malibran à un projet collectif fort qui puisse transcender les aspects techniques et logistiques, tout en évaluant ces derniers bien sûr (réflexion sur les parkings et la mobilité, les cycles logistiques, etc.)
Création d’un parcours suivant les rues perpendiculaires à la rue Malibran où l’on retrouve de loin en loin des signaux renforçant la convivialité (bancs publics ou autres éléments conviviaux), la créativité (oeuvres artistiques) et le travail de l’eau (fontaines, rigoles, parterres, etc.) aux multiples carrefours. Ce parcours devrait dépasser le périmètre du contrat de quartier (place de la Tulipe - Hôpital Militaire). On le verrait bien passer par des lieux obligatoires (axe sans souci, Marie Henriette - axe Van Aa, Musée XL, Conscience, Collège, petite rue Malibran, rue de la Brasserie, etc.)
Les oeuvres créatives peuvent faire l’objet d’un travail collectif (voir travail d’Olivero à Liège ou à Molenbeek) renforçant la créativité des personnes ‘in situ’. A partir de cette expérience : création d’un artisanat local prenant appui sur la question de la gestion des eaux de surface (formation et création d’emploi ?).
Soutien à la rénovation des logements par les habitants eux-mêmes et notamment par ceux qui vivent les plus grandes précarités. Une manière de le faire pourrait être de créer un espace spécifique d’échange en cette matière. On y trouverait des magasins généraux (prêt de matériel de reconstruction divers, des possibilités de formation diverses, échanges de savoirs, etc.).
Action de sensibilisation des propriétaires à long terme sur la fonction sociale de la propriété... (pour des propriétaires citoyens, comme on parle d’entreprises citoyennes). Amener les propriétaires à prendre conscience de leurs responsabilités en matière sociale et dans une vision globale de la ville (ce n’est pas banal d’être propriétaire). L’augmentation des loyers ici renvoie des populations ailleurs, dans des quartiers moins favorisés...Mise en place de systèmes d’échanges ou de garanties pour les propriétaires : renforcement d’une agence immobilière sociale...
Création d’un espace de rencontre multiple valorisant les innovations sociales et culturelles, renforçant les hybridations, etc. Il doit être géré essentiellement par les habitants du quartier, en lien bien sûr avec des professionnels associatifs et les pouvoirs publics qui viendraient les soutenir dans une perspective d’autonomie et de renforcement des créativités urbaines. En fait, il peut s’agir essentiellement d’un espace. Ce lieu pourrait valablement être proche de la place Flagey et de la rue Malibran. Ce peut être également, tel un café ou une brasserie sympathique, un lieu qui fasse ‘contre poids’ au Belga, mais en offrant une plus grande intimité, en permettant des rencontres plus spécifiques liées au quartier lui-même et à ses enjeux. Lieu de concert, lieu d’expression, lieu de fête, etc. on devrait pouvoir y trouver un matériel qui permette le soutien aux projets des gens. On pourrait y trouver du matériel informatique pour renforcer l’usage d’un Internet à vocation sociale et diminuer la fracture sociale qui s’accroît autour de ce type d’outil. Lieu de rencontre entre les générations aussi.
Renforcer le travail d’information sur le quartier (enjeux de la mobilité, de la convivialité, du logement, de l’espace public, etc.) et sur le contrat de quartier par voies d’affiches et un Journal spécifique (expérience du Journal des gens d’Ixelles peut servir)
Soutenir à plus long terme des projets de cohésion sociale et d’appropriation de l’espace public tel le Gand banquet ou autres initiatives culturelles ou festives diverses sur une base qualitative. Cela doit être évidemment discuté. Mais également faire revivre la grande braderie en lui apportant quelques éléments qualitatifs mais en lui faisant garder son caractère populaire.
Proposer un processus de réflexion pour que les institutions culturelles dont le Musée d’Ixelles s’ouvrent un peu plus à des dynamiques interculturelles (pas nécessairement locales), mais où l’on perçoit la volonté d’explorer une histoire de l’art qui rencontre la diversité culturelle et qui permette à des personnes venant d’ailleurs, les nouveaux arrivés vivant dans les quartiers (celui-ci ou d’autres) de renforcer une identité positive (Art africain, art arabo-islamique, ibérique ou lusitanien, traditionnel ou contemporain, etc.)