Cette notion de poésie politique n’est pas propre à Parcours citoyen. Elle nous est transmise du fait de notre filiation à Causes Communes (voir origines en gestation).
Voilà la ’définition’ qu’en donne Paul Hermant, fondateur de Causes Communes et de la revue de poésie politique sur le net, Lautresite : "Il peut exister du paradoxe dans ces mots de "poésie politique" et une certaine provocation à vouloir les mêler. Si l’on veut bien dépasser cette contradiction et se proposer de la travailler comme on le ferait dans un laboratoire, cette proposition de "poésie politique" ne semble plus aussi incongrue. Nous pensons qu’elle pourrait même être en mesure de conduire vers un plus grand entendement, une plus grande intellection et, surtout, qu’elle pourrait mener à la construction d’histoires et d’imaginaires collectifs. Les mots de "poésie politique" disent, pour nous, le désir d’entreprendre une sorte de description du monde -basée sur le lien, la complexité et les savoirs- au travers de tentatives d’exploration d’événements, d’histoires, de lieux ou de moments qui traversent le quotidien et le transforment. L’idée serait de s’approprier une réalité dégagée des fatalismes qu’elle propose et de la fatalité qui l’induit en la livrant à des liens complexes, incidents, contingents ou improbables, pensables de façon inédite dans le virtuel.
Nous tentons - fort modestement, il faut le dire - de faire nôtre cette approche. Nous lui apportons toutefois une dimension supplémentaire, celle de ’Poésie concrète’, autre forme de poétique du rapport au monde. Celle-ci ne laisse pas seulement sa trace dans l’espace du langage, de la pensée, de l’imaginaire et de l’intellection plus ou moins virtuelle mais aussi dans le monde concret et bien réel de la matière. Plus que de longs discours, le projet Toile de quartier en chantier nous apparaît comme l’une de nos plus belles réalisations en la matière, sans doute la plus évidente.
Mais à bien y regarder, toute forme d’approche collective, de Parlement des choses (ou des causes ou encore cosmopolitique) fondée sur une volonté réellement assumée d’une mise en commun procède ’peut-être’ de cette forme de poétique.
Le projet E-Toile de quartier en chantier qui trouve son explication dans l’article Ils appellent cela de la fidélité sans fil prolonge de manière plus puissante encore cette idée, sans se savoir.
Lorsque l’Assemblée des vosins se réunit sur les marches de l’église Ste-Croix, place Flagey pour venir en soutien des sans-papiers Afghans et se répartit spontanémént les tâches pour signifier de manière concrète cette solidarité, il y va d’une poétique collective où semble s’écrire une page d’intelligence partagée sans que ne soit placé aucunement en surplomb de l’Assemblée le narrateur qui manipulerait les fils de la trame de sens.
Le projet de ’Méridiennes bleues’ proposé par Parcours citoyen dans le cadre du Contrat de quartier Malibran, procède d’une tentative dont la volonté est d’incruster cette poétique encore plus profondément dans le territoire - sous les pavés ou le macadam -, c’est-à-dire de le relier à la terre, et donc aux éléments, et donc au cosmos. Sous les pavés, il n’y a jamais eu la plage, sorte de visée hédonique 68arde qui politiquement dépolitise. Sous les pavés, il y a la Terre, évidemment. Et c’est un tout autre programme, Géopoétique, peut-être, cosmopolitique, sans doute.
Il s’agit là d’une poésie par l’agir - ’concret’ ? -, qui il faut bien le dire n’est jamais loin du dire.