(article en chantier)
Cette ’expression’ est apparue au moment où avec Parcours citoyen nous agissions publiquement pour mettre en question le bien-fondé du bassin d’orage à creuser sous la place Flagey. Des accusations portaient sur le fait que nous pouvions être ’partisans’ dans cette affaire, c’est-à-dire, contre l’un ou l’autre courant politique.
On sait combien dans ce pays il est difficile de porter une parole autonome et libre sans qu’il n’y ait la tentation de vous ranger dans un cadre idéologico-politique définitif. Comme s’il fallait nécessairement placer les ’objets’ dans des catégories définitivement établies avec toutes les protections ou rejets que cela suppose. Le fondement culturel des piliers n’a pas encore disparu.
Comment s’extirper dès lors des projections dont on fait l’objet. Face à la mauvaise foi, c’est quasi impossible. Il reste cependant qu’une définition de soi-même est nécessaire.
Notre échiquier - le lieu où prennent sens nos actions où se développent nos stratégies - donc, ce ne sont pas les structures du pouvoir que nous aurions à investir de nos personnes ou du (des) groupe(s) que nous formons, tel un parti. Notre objectif n’est pas plus de forcer la décision politique dans telle ou telle direction. Il est plutôt de forger la réflexion politique, celle de chacun de nous en tant que nous sommes ’citoyens’.
Selon nous, le politique ne se referme pas aux frontières des institutions et/ou structures de la représentation. Le politique ne se limite pas, loin s’en faut au lieu de la décision politique. Les institutions politiques qui ont pour fonction d’assurer la concorde sont instituées par la société - le peuple (pour autant que l’on sache ce que c’est). Il existe cependant un lieu entre les institutions du politique et la société, entre les ’institués’ et les ’instituants’, un espace qui est pour nous le lieu fondamental du politique : il s’agit de l’ espace public... politique. Pris en ce sens l’ espace public est le lieu où s’élabore la dimension instituante de la société.
C’est dans l’ espace public que se forgent les opinions, que sont rendues publiques les inventions du ’vivre ensemble’, que se profilent les intelligences citoyennes, que s’élaborent les débats, que se fabiquent les ’nous’ politiques, que peuvent se ’travailler’ les normes à venir. Notre visée est de tenter ceci : "Chaque ’citoyen’, chaque groupe dans l’acte même où il défend ses intérêts, doit pouvoir mettre la défense de ses intérêts en question à l’épreuve de l’intérêt général, et affirmer ainsi son appartenance à la cité et à son projet collectif." (Isabelle Stengers, Cosmopolites, Tome 7, Pour en finir avec la tolérance, Editions la découverte-Les empêcheurs de tourner en rond, 1997, Paris)
En ce sens, il s’agit de rendre conscient pleinement la fonction ’instituante’ que chacun de nous possède potentiellement que ce soit au niveau le plus local ou aux niveaux globalisés (et tous les étages intermédiaires). C’est tout autre chose que d’être consommateur du politique et de s’acquitter de sa fonction ’instituante’ une fois tous les quatre, cinq ou six ans.
Cette attitude n’est pas dominante dans notre pays. Le débat public est souvent escamoté au profit de formes lobbyistes du rapport de la société civile au politique, de la construction par pilier qui tend à rendre opaque le débat qui se joue pourtant, de la consultation de l’expert qui se substitue à la parole partagée, de multiples petits arrangements peu transparents qui privatisent les institutions politiques elles-mêmes (et cela commence bien souvent avec les ’consultations sociales’ au sein même des cabinets politiques) ou du fait des médias soumis (pour le dire vite et simplement donc un peu caricaturalement) au diktat de l’audimat.