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Les faits

Naissance de l'idée et les étapes de sa réalisation 0h0 −> 0h0

"J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse"

Arthur Rimbaud

L'homme seul - Photo Serge Bonnet

A l’origine : entre guerre et paix

Une telle idée ne pouvait émerger que du fond d’une discussion de café - de snack en l’occurence, rue Malibran. C’est dans ces moments que se refont le monde. C’est à coup de thé à la menthe que l’on se saoulait. et les idées virevoltaient.

La question des travaux du bassin d’orage faisait beaucoup parler les gens. Comme aujourd’hui, d’ailleurs. On se rappelait combien les habitants avaient eu raison et combien le choix politique de ce bassin d’orage était mauvais. Ce qui avait été supposé par les habitants se réalisait : les travaux seraient beaucoup plus longs que prévu, le chantier plus lourd et plus cher aussi.

Notre monde, décidément manquait de poésie.

Creuser, retourner la terre, couler du béton, voilà ce qui est réel. Faire s’écrouler les tours de béton, d’acier et de verre, l’est aussi. Le 11 septembre n’était pas si loin. On entendait ça et là des bruits qui nous indiquaient que les jeunes vivaient un racisme accru. Le conflit israëlo-palestinien débordait dans nos quartiers. On apprenait que des tags anti-sémites avaient été peints sur des aubettes de bus place Flagey.

Et pourtant des énergies positives existent. Le banquet était en préparation. Il rassemble tellement de désirs de rencontres. Le thème coulait de source : la Paix. Mais comment rendre visible de manière plus forte encore ces énergies positives. Comment faire désirer ce moment attendu. Il fallait une oeuvre d’art de la taille du quartier. Quelque chose qui marque matériellement le symbole des rencontres. Quelque chose qui fasse poids. C’était simple, il fallait rendre matériel les liens. Il fallait en tirant des traits entre les maisons des gens démontrer l’épaisseur et la densité du tissage.

Les rubans de chantier : la nouvelle mesure de la richesse des hommes

Ce n’est que plus tard que l’idée de ruban de chantier est apparue. Comment n’y avait on pas pensé plus tôt ? C’est évident, les rencontres en chantier trouvaient là un symbole parfait pour les matérialiser. La ’Toile de quartier en chantier’ était née. Et c’est en mètres de rubans que ce chantier des rencontres toujours en développement se mesurerait dès lors.

Car s’il faut creuser la terre, couler le béton ou élever des tours pour ’travailler le réel’, il faut que cela soit aussi mesurable. L’argent est la mesure reine de la mondialisation. La mesure des richesses des nations est le dollar - ce qui permet de comparer ces richesses nationales. Avec nos rubans, nous avions trouvé le moyen là d’une transmutation : le ruban philisophal. La nouvelle mesure de la richesse des hommes se comptait en mètres de rubans. Nous tenions les fils de notre œuvre à venir.

Et c’est sans compter que le ruban de chantier, d’une manière générale, indique l’interdit, la zone à ne pas dépasser, le ’circulez, il n’y rien à voir !’. Habituellement, ce ruban barre transversalement la route du passant. Visible, il impose le refus du passage et ferme la frontière. Mais voilà qu’ici, notre ruban toujours aussi visible, devient un fil conducteur de reliance. Le ruban ne ferme plus l’horizon. Zébrant l’espace des rues, il renforce, au contraire l’infini du ciel.

A l’approche contextuelle du projet venait se rajouter la force d’une approche conceptuelle.

La participation : l’enquête publique

C’est au collectif Ayni que l’on doit cet approfondissement de l’idée : tant qu’à ce que chantier soit public, autant qu’il devienne vraiement ’chose publique’. Mimons donc l’enquête publique. C’est ainsi qu’est la création de l’affiche d’"enquête publique".