Pendant toute le mois de tissage de la ‘Toile de quartier en chantier’, des ‘News de la Toile de quartier en chantier’ envoyées par mail à la mailing list du Parcours Ixelles tentaient de faire vivre ce qui se jouait sur les trottoirs aux moments ou les rubans étaient tirés. Nombreux ont été les commentaires élogieux concernant ces News. Les gens trouvant cela plaisant à lire, donnant bien à sentir ce qui se jouait là. Nous pensons qu’elles forment un joli patrimoine qu’il vaut la peine de laissé ouvert.
Elles ont été construites de sorte qu’à chaque mail envoyé, elles se divisent en deux parties : les faits, puis les choses vues ou entendues ou lues. Les faits retracent le développement général de la Toile, son évolution. Les choses entendues (ou vues ou lues), décrivent et recensent les paroles échangées, les dialogues, des anecdotes, etc. Elles sont parfois truculentes.
D. Nalpas
1er juin 2003
Les premiers rubans de la toile de quartier en chantier ont été tirés ce week-end au son des tambours, guasa et timbales, et d’une poêle à frire, dans les rues du Collège, du couloir, Dillens, et Maes. Le voisinage a ouvert portes et fenêtres avec enthousiasme pour accueillir ce nouveau chantier.
Rue Maes, un voisin débouche la bière. Et Anne Louise offre la grenadine, pendant que Marc accroche la ficelle et fait remonter le ruban.
La technique du passage du ruban s’affine, un échange d’expérience à ce sujet semble nécessaire.
2 Juin
La Toile a progressé quasi frénétiquement lundi soir. Dans trois rues elle a pris une tournure spectaculaire. Rue Scarron, partie de rien elle couvre maintenant toute la rue. Rue du Collège, elle a largement progressé en s’élevant parfois très haut. Rue du couloir, elle avait déjà pris une tournure étonnante la veille. Plus modestement la toile de la rue Dillens progresse. Mais comme on le dit, "chi va piano, va sano".
Les formes des toiles révèlent-elles des identités de rue ? La structure de la toile de la rue du Collège n’est du tout pareille à celle de la rue Scarron. Rue du Collège, elle forme par endroits des noeuds, elle part un peu dans tous les sens. Rue Scarron, elle semble plus régulière, plus nette...
Rue du Collège, on a bu le pastis et le jus de pomme au niveau du 154. Plus bas c’était le vin blanc et les olives. Les gens ont parlé et traîné dans la rue verre à la main jusqu’au moins 10 heures du soir. Pour la première fois, de multiples rencontres se sont faites entre personnes qui ne se connaissaient pas. Beaucoup de photos ont été prises. Les rubans laissés dans le ciel de la rue sont la trace évidente de ces rencontres.
Rue Sacrron, ça a bu le vin blanc aussi. Certains de la rue Scarron ont été voir rue du Collège... "Notre rue est plus belle !" diasaient-ils. Saine et ludique émulation...
Rue Dillens, tard le soir, après le travail accompli, des jeunes ont sorti la table et les chaises. Ils font salon dans la rue. Vin, bière et autres boissons. La température est bonne, l’’atmosphère est douce. On voudrait que cela se prolonge toute la nuit.
Rue du Collège, le lendemain, les gens se sourient et se saluent...
3 juin
Peu de faits hier et aujourd’hui, sinon que le vent est fort et que les rubans semblent tenir.
4, 5, 6 juin
La rue du Serpentin, la bien nommée, a commencé sa toile. Une belle toile très aérienne. Elle est entièrement rouge et blanche.
Après un démarrage un peu difficile, l’ambiance a été très bonne. Le nombre de nationalités au mètre carré est assez étonnant dans la rue du Serpentin. Un moment, sur le trottoir il y avait un Haïtien, une Algérienne, une famille mixte maroquino-française, un Français, des Belges, bien sûr, un couple hispano-belge (flamand), une petite colonie de Suisses, une Guadeloupéenne et un Sénagalais qui passaient par là, sans compter la famille portuguaise et les Kosovars restés au bout de la rue à observer ce qui se passait là et scrutant, interrogateurs, le ciel qui se chamarrait.
Une magnifique famille marocaine a voulu absolument faire des liens à partir de chacun des balcons - 3 étages. Les demoiselles étaient pleines d’enthousiasme. Tous ces sourires étaient magnifiques
Des amis sont venus de la rue Malibran et de la rue du Belvédère, dont la toile se rapproche. Irons-nous jusqu’à Flagey par une voie de contournement ?
On a bu un petit vin blanc Suisse sur le trottoir. Un chardonnay, si les informations sont bonnes. Il était bon, mais malheureusement, il n’était pas frais. Avec la température qu’il faisait !
Un peu partout on croise des photographes. On a pu voir en effet des gens de Schaerbeek venir faire des photos au carrefour de la rue Dillens et de la rue du Collège. C’est vrai que la perspective n’est pas mal. La question est également souvent posée : "vous ne faites pas venir des journalistes ?"
Nous recevons des demandes d’un peu partout pour "lancer" des Toiles. Notamment deux demandes émanant du haut de la rue du Collège et de la rue de la Cuve. Ces rues n’étaient pas inscrites dans le périmètre a priori. Mais nous leur transmettrons un kit de la "Toile de quartier en chantier". Une nouvelle demande vient de nous parvenir à partir de l’autre section de la rue du Serpentin vers la rue Marie-Henriette.
Le vent a été un acteur important le 4 Juin. La plupart des rubans ont tenu. Certains cependant ont rompu ou se sont très fort distendus... Cela fait du bruit. Un beau bruit ? Pour certains çà fait penser à la mer. Nous n’avons encore reçu aucune plainte.
Un monsieur : " Ma première impression a été d’avoir peur. Qu’est-ce qui tombe des toits ?"
Dans la même veine une voiture passe, elle s’arrête. Il y a un talisman pendu au rétroviseur. Un monsieur sort la tête et demande : "Dites, pourquoi il y a tout cela ?" et quelqu’un de répondre : "C’est parce que des morceaux de toits tombent sur la rue." "Non, c’est pas vrai !" Deux secondes d’hésitations "Ah ! C’est une blague."
Une dame, rue du collège : "Non, non, je ne vais pas envoyer mon ruban vers cette personne, il est capable de faire comme Tarzan et de l’utiliser comme une liane pour venir jusque chez moi me déranger..."
Un monsieur Sénégalais qui sort de chez un ami Equatorien qui habite la rue du Collège, il a son walkman sur les oreilles, et bien sûr, parle trop fort : "Les belges, ils sont froids. Ici on ne connaît personne. En Afrique, quand vous vous installez quelque part vous connaissez toute la rue après un jour, et après trois jours, c’est le quartier." En face une personne - un blanc - gesticule pour se faire comprendre. Dialogue de sourd. Le premier enfin finit par enlever ses écouteurs et une conversation démarre sur ce thème avec bonne humeur et somme toute pas mal de rires. On se croirait en Afrique.
Un monsieur Marocain : " Non, je ne veux rien faire, les Belges sont trop fermés." Réponse du voisin qui apporte le ruban "Mais monsieur, justement, ces rubans, c’est pour se rencontrer..." "Non, non, cela ne sert à rien, les Belges ne parlent pas avec les autres. » Le voisin ne se démonte pas. On le serait à moins. Après quelque insistance le monsieur Marocain accroche un premier ruban. Dix minutes plus tard, parlant avec tout le monde, il se retrouve avec 4 rubans qui partent de son balcon. On se croirait au Maroc.
Une petite fille marocaine explique à sa maman : "C’est pour dire qu’il y a pas la guerre entre nous !"
"J’ai lu l’affiche de l’enquête publique pour la Toile de quartier en chantier, je croyais que c’était une enquête pour la police, alors cela ne m’intéressait pas." Un témoignage rapporté...
"On se croirait en Italie, comme, au Palio de Sienne..." quelqu’un. Après la mer, l’Afrique, le Maroc, l’Italie donc.
Un Monsieur, un Pakistanais, revient chez lui. Il est surpris. Trois rubans partent de son balcon que, sans doute, femmes et enfants avaient tirés durant son absence. Quelqu’un dit : "Vous voilà enrubanés". Réponse : "Non, non, Pakistanais".
Des personnes à leur balcon (qui ne descendent pas) : "Nous aussi on veut décorer notre maison." Une réponse qui fuse : "Mais ce n’est pas pour décorer, c’est le symbole d’une rencontre". Ils ne descendront pas. Il n’y aura pas de rubans là.
Une personne ne veut pas accueillir les rubans chez lui : "Non, non, cela me rappelle trop la police." (Pour rappel les rubans de la police sont bleus et blancs)
Deux jeunes remontant la rue du Collège considèrent la complexité de la Toile. Ils lancent, aux buveurs de pastis tisseurs de Toiles et ayant l’air de ne pas y croire : "Comment ! Tous les gens étaient d’accord ?"... "A ton avis lui est-il répondu !" That’s the question. Les jeunes repartent éberlués d’abord puis gesticulant ensuite.
Un chat sur un appui de fenêtre de premier étage regarde les rubans attachés là qui s’agitent au vent. Cela l’excite, il tente une patte... mais n’ose aller plus loin. Il réessaye. Un coup de vent plus fort et les rubans claquent. Il rentre dans la maison.
Deux voisins se rencontrent. L’un avec un air de reproche dit : "C’est vous qui jouez de la trompette le soir ?"... L’autre sur un air entendu répond : "Bon, je jouerai moins fort"... Et ben voilà, "ça sert à quelque chose cette affaire" dit une troisième personne témoin de la scène, ayant un air d’y croire.
etc.
8,9 juin
La toile avance. Ce dimanche matin, on souhaitait attaquer un gros morceau. Le bas de la rue de Vergnies et surtout le début de la rue Malibran. La pluie - un magnifique orage - est intervenue et cela a contrecarré les plans.
Ceci dit, nous avons pu débuter rue de Vergnies un début de Toile techniquement plus difficile vu la hauteur des bâtiments, l’auvent qui couvre les trottoirs, etc. Mais quelques traits lancés entre habitants n’ont pas manqué d’allure en prenant des hauteuuurs vertigineuuuuses.
Malheureuesement, cela n’a pas tenu. Il faut dire que le vent a soufflé très fort. Notre technique semble ne plus convenir pour des distances pareilles. Et puis, la rue de Vergnies est comme un couloir à vent. Alors, la toile recule. En effet, il semble qu’il n’y ait plus qu’un seul ruban sur la dizaine lancé ce dimanche...
L’expo CentAzéro commence. Des premières affiches ont été placées à l’Après tout ainsi qu’un peu plus haut sur la rue. Ca donne... On y retrouve les mains d’Aki, les petites pyramides de Guy et les cœurs d’une fillette de 6 ans. Les affiches seront placées petit à petit dans la rue Malibran, là où des commerçants voudront bien en placer.
Une personne s’est faite agresser dans le bas de la rue Malibran par un groupe de jeunes qui n’avait pas apprécié d’être dérangés par son simple passage. Elle nous raconte son histoire. Notre "victime" a reçu un coup heureusement amorti par le bras d’un des gars de la bande. Nous lui proposons qu’à l’endroit même où elle a été agressée elle puisse faire une affiche A0... (A suivre)(Il n’y aura pas eu de 100A0 à cet endroit, note de la rédaction un an plus tard).
Toujours ce dimanche, la Toile a fait un joli bond dans le haut de la rue Dillens. Le jeu y a bien pris. Là encore, des gens sont sortis, des gens ont parlé et se sont amusés.
Pourtant, un moment, une voiture de police s’est arrêtée. Elle remontait la rue Dillens. La voiture passe à la hauteur d’une jeune fille qui tient un rouleau de ruban relié à l’appartement d’une femme situé au deuxième étage. Les policiers lancent à la jeune fille : "C’est quoi çà ?". Sans entendre la réponse, ils demandent les papiers à la jeune fille. Pour se garer, la voiture fait une marche arrière et vient "taper" la jeune fille qui se trouvait sur la route, les yeux levés vers le 2ème étage. Bon, rien de grave, mais tout de même. La fille n’a pas ses papiers sur elle (bien qu’elle ne soit pas illégale). Un policier sort, il a ses mains sur sa ceinture, crispée, pas loin de son arme. Il est accompagné d’une femme policier et tous deux vont se mettre en position "stratégique", à bonne distance et pleins de méfiances. L’histoire est banale. Mais l’attitude des policiers n’est pas adéquate. Elle possède une sorte de violence en elle qui s’exprime d’emblée, sans observation réelle de la situation et sans prise d’information. C’est à noter.
Après avoir demandé leurs papiers aux responsables de la manifestation et entendu les raisons de ce qui se passe, ils se calment enfin, ils sont moins tendus. L’autorisation de tirer ces rubans a été demandée à la police et à l’administration communale. Le chef des policiers dit qu’il est obligé de faire un contrôle des personnes parce que les rubans peuvent être dangereux. Nous ne voyons pas le rapport. Qu’une personne soit responsable est une chose, qu’on lui fasse un contrôle d’identité est une autre chose. Nous sommes surtout étonnés que ces policiers ne soient pas au courant alors qu’ils admettent avoir vu ces rubans se tisser un peu partout et que jusque là cela n’avait pas entraîné de réactions spécifiques de leur part.
Mais des personnes se demandent pourquoi il faut des autorisations pour ce genre de chose. "C’est un truc entre les habitants"... "Les rubans traversent la voie publique, il est normal que quelque chose soit dit", répondent d’autres.
Tout le monde convient de l’inadéquation de l’attitude de la police. Certains estiment même que l’on aurait pu reprendre leur numéro et leur identité après qu’ils aient "toucher" la jeune fille avec leur voiture. Des histoires sur la police se racontent alors. Il semble que la police soit souvent inadéquate. Il y a beaucoup à dire. On y reviendra sans doute, mais tous se passe comme s’ils ne savaient pas voir assez rapidement la différence entre une manifestation pacifique et une manifestation violente. Ce qui n’est pas simplement lisse leur pose un problème dirait-on. Osons ceci : et si eux avaient un "petit" côté provocateur ?
Ce 8 juin, la rue Malibran a été traversée par deux rubans pour rejoindre la rue du Collège.
Le 9 juin, la grande affaire ça a été la continuation de la rue du Serpentin et la remontée sur Marie Henriette. La perspective est plutôt intéressante. c’est sans doute là que l’effet est le plus surprenant à l’heure actuelle.
Là encore une voiture de police passe et s’arrête. Il semble que rien ne se passe. Quelqu’un s’approche de la voiture de police avec le sourire et lance en blaguant... "C’est pour que le ciel ne nous tombe pas sur la tête". Une très courte discussion s’engage... et l’on apprend après une discussion que ces policiers voulaient appeler "les équipes" pour "défaire tout cela". Décidément, çà ne semble pas communiquer au sein de la police. Et si c’est vrai, quel drôle de risque ils auraient pris... Cela semble insensé !
A part cela tout se passe bien. La toile évolue bien, esthétiquement, c’est-à-dire de manière complexe, non linéaire.
La technique évolue, on "travaille" avec trois rubans à la fois, ce qui accélère le rythme. Mais le nombre d’actes à poser est important. Alors cela se spécialise : il y a ceux qui expliquent le projet, il y a ceux qui expliquent la technique, il y a ceux qui interpellent ou se font interpeller.... Cela ajoute une dimension dynamique, cela crée du mouvement. Le risque, c’est la substitution, que l’"équipe" fasse le lien à la place des gens... Alors, il y a ceux qui rappellent que c’est aux gens d’établir leurs liens, même si c’est nous - l’équipe - qui les y aidons, logistiquement, techniquement, etc.
Si d’une manière générale l’ambiance est bon enfant, parfois, le ruban permet de rencontrer des problématiques de voisinage. Comme cette personne qui souhaitait que la camionnette qui lui barrait la vue soit déplacée de temps en temps. Le ruban permet une discussion sur une bonne base. A un autre endroit, le problème est plus complexe. Quelqu’un semble avoir mis une caméra sur son balcon orientée vers un autre appartement. Nous n’entrerons pas dans les détails ici d’une affaire un peu trop complexe et surtout pour laquelle nous ne pouvons faire aucune vérification. Le passage du ruban a permis toutefois de faire connaître ce problème qui appartient aux riverains maintenant.
11 juin
Aujourd’hui, la toile s’est développée dans le haut de la rue du Collège à partir de la maison Sanatia. Les résidents de cette maison étaient impatients à l’idée de lancer des rubans. L’"équipe" est arrivée un peu en retard. Tous étaient dehors en attendant l’arrivée des fameux rubans. Ca jouait de la musique et certains ont fait des rondes et dansé en nous attendant dans la rue.
Il paraîtrait que parmi ces résidents, certains qui pourtant ne sortent jamais, ont absolument tenu à être présents. On les a vu sur le trottoir proche de la porte près au repli, s’il le fallait. D’autres ont osé la sortie. Une première donc.
Lors du lancement de la toile dans cette rue, les résidents de Sanatia ont remis une belle série de dessins dont certains feront des affiches CentAzér0.
Rue sans souci, une famille a mis une affiche à sa fenêtre avec des bouts de ruban. Des personnes semblent-ils viennent lui demander ce que cela veut dire. On est même venu lui demander du ruban.
Ailleurs, dans une partie de la rue du Collège, quatre maisons se sont liées, sans que qui que ce soit ne sache d’où ces personnes auraient reçus leurs rubans. Y aurait-il un lien avec le point précédent ? Un indice : c’est du ruban rouge et blanc.
Les questions techniques posent un problème à pas mal de personnes. La rue du Collège a eu son lot de petits tracas. Comme ce groupe de jeunes installés à un troisième étage. D’abord on attache la ficelle et puis on laisse tomber le rouleau, sans attacher le ruban. Puis, on remonte le ruban, mais on fait des nœuds avec la ficelle... Ou cette dame un peu âgée et parlant difficilement le français qui s’est retrouvée avec une grosse boule bien mélangée entre ruban et ficelle...
13 - 14 - 15 juin
Durant la semaine, des travaux ont eu lieu rue Dillens. La cata. Le chantier des rencontres en a pris un coup. La grosse machine de chantier a déchiré la Toile de quartier en chantier en coupant plusieurs rubans. Les rubans n’ont pas été replacés par les ouvriers. Le chantier des rencontres ne fait évidemment pas le poids face aux chantiers de goudron.
Le 14 juin rue Marie Henriette, en soirée beaucoup de monde s’est retrouvé pour enrubanner la deuxième partie de la rue Malibran. Plusieurs riverains avaient apporté de quoi boire dans le même temps. Un ‘Vinho verde’ du Portugal, du rosé de Provence, un vin mis en bouteille par des gens de la rue - était-ce un petit Macon ? - et d’autres choses encore.
La perspective de la rue Marie Henriette devient grandiose. C’est pour le moment le chef d’œuvre de la "Toile de quartier en chantier"
Le 14, c’est la rue Sans souci qui a été le souci de la "Toile". Ca a mal commencé : un gros orage d’été a trempé la ville. Mais l’"équipe" y est tout de même allée pour conjurer le sort. Un ruban est placé puis un second, et le ciel s’est déchiré, l’orage a eu peur des rubans et il s’en est allé. Un soleil magnifique a inondé la rue et a fait éclater les rubans de leurs couleurs.
Lundi dernier, le 16, c’est le haut de la rue Marie Henriette qui a été couverte de la Toile. Ainsi, la totalité de la rue Marie Henriette a subi ‘le traitement’... Si l’on considère la continuité avec les deux sections de la rue du serpentin, cela fait un total de plusieurs centaines de mètres couverts qui font une perspective totalement remarquable.
Dans cette partie de la rue on a bu le thé à la menthe fait par la famille marocaine dont on parlait l’autre fois, avec la menthe de la dame au rouge à lèvre (qui n’en avait plus ce jour là) et puis on s’est fait offrir des Capirinha (c’est comme ça qu’on écrit ?) dans de très beaux verres à pied avec la tranche d’ananas sur le côté et la paille. Une merveille de douceur cette boisson.
L’ambiance était moins tendre que celle que l’on aurait pu attendre au vu de la réunion de l’autres soir. Mais il y a bien des raisons à cela : le fils de la maman marocaine vient d’être hospitalisé en urgence, la femme équatorienne avait de l’allergie et la jeune fille flamande était malade (bien que tout de même dehors pour les rubans). Les rubans, manifestement, ne peuvent guérir de tout. La poisse s’est donc abattue sur le haut de la rue, ce qui ne l’a pas empêchée d’être à la hauteur.
Cependant le soleil était là.
Une découverte technique a été faite par un membre de l’"équipe". Cela diminue de beaucoup les manipulations et accélère le rythme d’évolution de la toile, mais au risque d’une perte de lien...en terme de rencontre.
C’est sans doute dans cette partie là de la rue que les "traits" les plus longs ont été lancés...Cela tiendra-t-il avec le vent ?
La rue Malibran a été traversée une seconde fois à hauteur du carrefour avec la rue Marie Henriette en direction de la rue Sans souci.
De la rue Malibran on voit les rubans approchés petit à petit venant du haut de la rue Sans souci, la perspective est intéressante aussi.
Poème de Hugues Corriat - esx habitant de la rue Malibran
"Du linge qui pend Comme en Italie Et ce ruban qui va au vent Vers la maison bleue en face A moins que ce soit Un port de plaisance Rue du couloir, rue Scarron Le diable boiteux a soulevé Les toits à coups de fils de soie En plastic comme il se doit Quoi qu’il en soit En voilà des rubans Noir ou jaune Blanc ou rouge L’Aviso a été avisé Sa voile est pavoisée Sans tambours ni coups de canons Et puis l’eau de vie allongée D’un trait d’eau a décidé De prolonger son tissage Innocent au fil courant D’air ou de mer et pris à la terre L’Aviso s’affiche en vert Et contre tous, il tisse son voyage"
(Ecrit rue du Collège un soir de juin, aux environs de 21 heures)
"Les arraignées vont pouvoir transporter des messages de maisions en maisons." Une dame marocaine.
"Tiens je croyais que c’était pour mon anniversaire", une dame de la rue Dillens
"Les gens ont toutes leurs capacités, on a rien à faire pour eux, le ruban doit faire sa vie." quelqu’un.
"J’étais inquiet, je croyais qu’on allait faire un chantier dans le ciel." Un monsieur de la rue Maes.
"Quand est-ce que vous passerez chez moi" quelqu’un de la rue de Scarron.
De la rue Dillens on nous communique ces propos d’habitants : Au coin d’une rue, un groupe s’affaire pour faire monter le rouleau de ruban jusqu’√ une lucarne situ⁄e sous les toits. Une dame, assise √ une terrasse de l’autre c˙t⁄ du carrefour, quitte les gens avec qui elle ⁄tait pour venir aux nouvelles : "Mais c’est quoi tous ces rubans ? J’habite rue Scarron et, là aussi, il y en a plein qui sont apparus hier." On lui expliqueer. "Moi aussi, je veux en mettre ! Comment il faut faire ?"
Ce n’est pourtant pas du goût de tout le monde. Dans la même rue, penchée à son balcon, une dame interpelle quelqu’un en train de transmettre le ruban et la caisse à un voisin éloigné : "Vous, un écologiste, vous n’avez pas honte !"
Une réflexion d’un cycliste rue du Serpentin : "C’est pour avertir les martiens ?"
Rue du serpentin une voiture passe, ralenti, dépasse le groupe de personnes qui s’affaire et enfin s’arrête. Elle allume ces feux de détresse.
Rue du serpentin, toujours. Un ami de la rue Malibran arrive. Il doit être 18 h 30 , l’installation de la toile a débuté environ 40 minutes avant. Notre ami lève les yeux. Il est impressionné : "Eh ben, ici, c’est du rapide en connections, c’est au moins l’ADSL."
Serpentin, encore, un jeune homme, un Algérien, rentre chez lui. Il voit sur le balcon de sa maison une personne nouer des rubans. Il vient vers le groupe en bas sur le trottoir et s’adresse, fâché, aux personnes qu’il croit être responsables : "est-ce que vous avez une autorisation pour faire ce que vous faites ? Je veux voir les papiers d’autorisation." Puis il rentre et fonce sur son balcon. La personne sur le balcon, un Français selon nos informations, un voisin en tout cas, qui avait lancé un "trait" à partir de chez lui avait été invité à nouer le nœud sur le balcon par l’une des maîtresses de maison qui était handicapée et ne pouvait le faire elle-même. Quelques secondes plus tard après quelques discussions avec les membres de sa famille, on voit le jeune algérien se calmer et serrer la main de l’autre jeune homme sur le balcon. Il repart de chez lui, un peu plus tard avec le sourire. Les rubans servent la diplomatie internationale et ravaudent les accrocs de l’Histoire.
Toujours rue du serpentin, on cause du Grand banquet à venir. On en vient au projet "Rue à féconder" cette grande peinture qui se fera la nuit où Djos Janssens posera des questions au monde et où nous sommes invités à y réagir en peignant aussi. Mais pourquoi la nuit ? Et quelqu’un de dire, un Suisse (ce qui ne veut rien dire) : "C’eest noormaal, les fécoondaations, çà se paasse surtoout laa nuiit."
Un peu plus tard, verre à la main, quelques uns qui s’attardent sur le trottoir contemplent l’oeuvre, une réflexion surgit : "On fait aussi fort que du Cristo."
Un message par e-mail de la rue Scarron : " !!!! je viens de terminer mon boulot un peu + tot que d’habitude le temps que je descende de ma camionette !! il y avait un vent terrible c’etait BEAU de voir ts ses rubants qui s’agitent dans ts les sens !!!!!! et un bruitttttt !exelent !! en tous cas chapeau IDEE !!!bien vu !!!! said de la rue Scarron !! a+"
Quelqu’un rapporte cette histoire d’on ne sait où : "Ces rubans font penser aux petits téléphones que des enfants font avec des fils et des boîtes d’allumettes. Il permettent de communiquer"
On nous rapporte cette histoire du bas de la rue Dillens. Un habitant de cette rue travaille à la commune et nous signale qu’il y a normalement du ruban vert et blanc aux couleurs de la commune. Il prend ses renseignements. Malheureusement, il n’y en aurait plus.
Rue du Collège, un témoignage : "C’est incroyable comme les gens me disent bonjour, maintenant. Cela n’arrête pas."