Une place, par définition n’est pas qu’un espace vide, une friche sans sens. Elle ne pourrait avoir ce statut de place si elle n’était cernée des bâtiments, des quartiers et de la vie qui l’entourent, des avenues qui y mènent ou qui en partent et font avec elle une portion de ville, si elle n’était un lieu de vie. On ne peut donc comprendre un lieu tel qu’une place sans, dans le même temps, établir le lien avec ce qui l’entoure et la constitue.
Le fait que notre bonne place cherche son identité ne date pas d’hier. C’est en 1806 que l’idée fut lancée. Il fallut près de cent ans, après de multiples tergiversations pour que, enfin, l’on puisse parler de place en ce lieu. On a voulu d’elle un temps qu’elle soit de type Louis XVI puis, plus tard, il fut proposé qu’elle soit « à la française », avec un beffroi, symbole des libertés communales. Plutôt royaliste ou plutôt républicaine ? On comprend l’hésitation. Pour finir, en 1933, et peut-être pour ne pas choisir, c’est la construction d’un bâtiment annonçant la modernité qui fut consacré : le bâtiment de la radio.
Osons une hypothèse : la place Flagey « ancienne mode » était un espace définit en creux et non en plein. La place Flagey était un lieu de « compromis » - à la belge ? - , un lieu à l’identité vague, en partie « no man’s land », mais pourtant investi. Les grands arbres rappelaient les origines « aquatiques » de l’endroit et faisaient lien avec la verdure des étangs. Le goudron de la place formait un bon parking souhaité par les commerçants, mais pouvait accueillir également le marché, le cirque ou la fête des portugais. Elle n’appartenait donc pas plus aux habitants des beaux quartiers du côté des étangs qu’à ceux des quartiers qui ont longtemps cherché leur avenir de l’autre côté ou encore, qu’à la ville entière. Et pour cause, ces quartiers ne dialoguaient pas et cela n’intéressait guère de les faire dialoguer. La place apparaissait un peu comme un espace intermédiaire, ni vraiment carrefour, ni vraiment frontière. C’était une place... éponge, décidément.
Aujourd’hui, l’opportunité est réelle de faire de ce lieu - si on le souhaite -, un véritable espace à l’identité forte. La ville qui entoure la place se stabilise. Certes les populations vont encore changer elles, mais l’identité des quartiers qui se joignent autour de la place se laisse mieux lire. La diversité culturelle, la diversité des quartiers devient la norme. Dans une ville cosmopolite, elle est incontournable, elle doit être souhaitée. Le cœur d’Ixelles peut dès lors devenir une unité urbanistique, malgré la diversité des quartiers... du fait de cette diversité.
Diversité, ceci dit, qui risque de souffrir car déjà se joue - comme si la place ne pouvait se défaire de son passé -, le fait que le « phare » du lieu, paradoxalement, semble faire de l’ombre aux quartiers qui l’entourent et à leur vitalité. « Flagey », l’ancien bâtiment de la radio, est en passe, en effet, de redevenir la mesure de toute chose en cet endroit en comblant seule le vide de définition et le risque est réel que la place Flagey se transforme en la place de « Flagey ».
Il y a lieu dès lors de réfléchir à l’identité de l’espace qui entoure la place. C’est quoi le quartier Flagey ? Où en sont ses limites ? Quels en sont ses quartiers ? C’est à chacun de le dire en fonction de ce qu’il sent, de ce qu’il a dans le coeur. Et cela suppose que nous en parlions.
Comité Flagey Parcours Citoyen