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La révolution de l’invisible

Article paru dans le Journal des gens d'Ixelles n° 3 de Juin 2003 0h0 −> 0h0

On a coutume, dans la pure tradition du bon sens commun, de privilégier le concret à l’abstrait. Le réel au virtuel, le matériel à l’immatériel.

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La Toile de quartier

Photo Serge Bonnet

C’est peut-être pour cela qu’en Belgique on a une brique dans le ventre. Bâtir un immeuble, ça c’est du concret. Cela pousse verticalement, cela se voit, c’est efficace. Ainsi, on peut voir des grues de chantier ériger des bâtiments colossaux dans un temps beaucoup plus court que celui où l’intellectuel, ou l’artiste, ou quiconque encore tente de définir un concept, de formuler une idée, de trier le juste du moins juste, etc. Creuser un bassin d’orage, par exemple remuer la terre, la transporter et couler du béton, c’est très concret. Un beau chantier, avec des grosse machines, entouré de ses rubans rouges et blancs ou noirs et jaunes, voilà quelque chose dont on peut mesurer le résultat (et le chiffrer également).

Inspirés par cette profonde vérité, quelques-uns autour de la place Flagey se sont retrouvés assez fous pour imaginer de rendre visible l’invisible : des liens qui se tissent entre habitants. Cette toile (web) du quartier que vous verrez progresser au-dessus de vos têtes, dans vos rues et dans tout le quartier, c’est la trace durable de l’éphémère fait des multiples rencontres et échanges (non monétaires), la reconnaissance d’une richesse qui était jusque là non mesurable. La révolution - enfin ! - est en marche : la valeur des rencontres dorénavant se mesure... en mètres de rubans de chantier, la nouvelle unité. Elle s’expérimente avec la "Toile de quartier en chantier" mise à l’"enquête publique" dans votre quartier : le chantier poétique des chantiers.

Dominique Nalpas