CHARTE
L’Assemblée des Voisins (AV) se constitue afin de prendre publiquement position sur la question des Sans-papiers, leur apporter un soutien et sensibiliser les habitants des quartiers. Elle se constitue afin de rendre visible la situation des Sans-papiers.
Le terme « voisin » implique une proximité mais ne circonscrit pas les actions dans un périmètre rigoureusement géographique.
L’AV constate que des sans-papiers existent partout, dans tous les quartiers et communes de notre pays. Les voisins de l’AV se sentent concerné par ce qui se passe dans leur environnement. De nombreux citoyens anonymes de ce pays se solidarisent avec des sans-papiers qui vivent dans leur entourage. Ils forment une voix silencieuse importante qui doit être prise en compte.
Les voisins de l’Assemblée prennent en considération la souffrance des voisins sans-papiers qu’ils considèrent comme des personnes « désaffiliées ». Ils sont témoins des difficultés que vivent les sans-papiers et leur viennent en aide. Ils se solidarisent avec eux et leur offrent protection.
La solidarité et la protection qu’offrent les membres de l’AV ne se veut pas honteuse, cachée, invisible. Les voisins, en prenant le risque de s’afficher, posent consciemment un acte public et politique. En posant cet acte publiquement, les voisins récusent toute sanction qui pourrait être prise à cause de leur solidarité avec les Sans-papiers. Le droit de s’associer pour se protéger et défendre ses intérêts est un droit fondamental inscrit dans toutes les déclarations ou conventions au sujet des Droits de l’homme.
En outre, en rendant cet acte public, l’AV affirme que la question des sans-papiers est une question centrale aujourd’hui et refuse l’enfermement, les barbelés, l’étouffement qui menacent aujourd’hui les Sans-papiers.
Les voisins refusent la criminalisation des sans-papiers qui, d’une part, a pour objectif de disqualifier la question sociale posée par eux et a des effets désastreux sur leur vie sociale et réelle et, d’autre part, amène à des dérégulations de nos systèmes sociaux. La clandestinité en effet, force les sans-papiers à trouver des moyens de subsistances qui les amènent à être l’objet de pratiques inacceptables proposées par des réseaux d’acteurs économiques qui tirent profit de leurs faiblesses (travail au noir, avocats peu consciencieux, marchands de sommeil, prostitution, etc.)
Dans cet état d’esprit et du fait de la connaissance proche de ses voisins Sans-papiers, l’AV veut contribuer à sortir les sans-papiers de leur isolement et à donner une image plus juste d’eux et de leurs conditions d’existence : ce sont des êtres humains en recherche d’une vie meilleure.
L’AV des voisins, outre son action solidaire et la protection qu’elle propose, mène un travail culturel et éducatif en organisant la rencontre entre sans-papiers et voisins des quartiers à travers des actions, manifestations, débats, etc.
L’AV refuse la criminalisation de personnes en détresse, victimes d’un système d’inégalité qui se mondialise. Pour l’AV, le sans-papiers est une forme contemporaine réactualisée et mondialisée de la très vieille question sociale. Les frontières des États nations ne répondent plus aux flux humains imposés par la mondialisation économique, culturelle, sociale, politique, écologique.
N’acceptant pas qu’on puisse aller sous le seuil d’ inacceptabilité que sont les droits de l’Homme, l’AV est toutefois consciente que l’institution politique actuelle ne peut mettre en œuvre l’universalité des droits de l’Homme dans le cadre borné des État nations.
L’AV n’a pas de solution toute faite mais, refusant la criminalisation du Sans-papiers, elle refuse également que l’on élude cette question historique. C’est pourquoi l’AV estime qu’il est nécessaire d’utiliser toutes les ressources intellectuelles, créatives, artistiques, techniques, solidaires aux fins de contribuer, à partir de ce problème, à l’invention d’un vivre ensemble qui aujourd’hui se joue localement et globalement sur la planète.
La solidarité que les voisins proposent de manière modeste contribue en soi à cette invention à partir du niveau local, mais les voisins sont conscients que les enjeux sont également mondiaux.
L’AV s’organise localement en Assemblées locales (Ixelles par exemple...) Les AV locales s’organisent en l’AV pour les Sans-papiers.
L’action de l’AV est une action citoyenne et autonome, elle n’est engagée dans aucun mouvement politique ou idéologique. Elle s’inscrit dans une démarche collective, dans une action qui tient compte de la situation de proximité dans laquelle elle se situe.
L’AV est un mouvement de citoyens libres et indépendants, sans hiérarchie, où chacun contribue à l’action en apportant ses compétences comme outil. L’action de l’AV se mène en toute transparence.
L’assemblée des voisins contribue à influencer les politiques locales, régionales, fédérales, européennes en contribuant à la recherche de solutions à cette nouvelle question sociale.