Il n’est pas habituel, en pleine campagne électorale, que des habitants prennent à ce point la parole et, surtout, posent des actes aussi visibles. Les vitrines, les murs, sont tellement pleins d’affiches représentants les visages de ceux qui veulent nous représenter que la place est comptée, l’espace est limité. L’idée n’est pas de prendre la place de ceux-là, mais d’assurer une présence citoyenne. C’est-à-dire une présence qui propose la rencontre. Car on ne va pas seulement élire des visages. Ce serait malheureux que l’on fasse notre choix uniquement à partir d’une photo. C’est comme ceux qui se marient sur Internet. Il faut choisir des gens que l’on connaît un peu, tout de même ! Ce que le Festival Habiter tente de créer avec cette respiration qui s’insinue entre tous ces visages en campagne, c’est un espace de dialogue.

Tournez la page cher lecteur et entrez dans le programme. Vous verrez que toutes les propositions sont faites par des personnes bien concrètes et réelles. Pour la plupart, ce sont vos voisins. Ils en ont passé des soirées à discuter, se rencontrer, débattre ! Ils le font bénévolement. Ils montrent donc que quelque chose est possible ; qu’ils peuvent agir pour refuser, parfois, mais aussi pour proposer, améliorer, créer, inventer. Ils montrent encore qu’il y a là quelque chose de passionnant et que cela vaut la peine de prendre du temps pour élaborer des tas de projets riches. Point besoin d’être un spécialiste pour s’y mettre.
Prendre l’habitude de s’intéresser à son environnement et de le construire avec les autres n’est pas - pas encore - naturel. C’est culturel. Cela s’apprend. C’est aussi prendre des risques. C’est rechercher, s’informer, et nous le disions, dialoguer. Car on n’est pas seuls dans une ville et nous la lisons tous différemment. Il se peut qu’un peu de poésie soit utile à la politique.
Lisez avec attention ce programme. Il est une histoire en lui-même, un témoinage de ce qui habite nos quartiers. Les inondations - ce n’est pas encore une vieille histoire -, nous ont fait redécouvrir la géographie de notre vallée, l’importance de l’eau et qu’il y aurait une ’zone eau’ à investir. L’on sait que dans le réaménagement d’une place comme la place Flagey, "tout ne se joue pas dans la pierre", comme le dit un architecte. La place est à s’approprier. L’on perçoit qu’avec les Sans-papiers, il y aura des allers et des retours et que les berges du fleuve Sénégal pourraient s’étendre jusqu’à la vallée du Maelbeek. La rue Malibran s’amuse à devenir galerie d’art : il y a là une exposition qui a trouvé sa place à vernir. Et que dire du fameux patrimoine qu’il y a à transmettre aux générations futures si ce n’est que la Brasserie est à fêter.
Ce qui habite le quartier aussi, c’est que nous ne sommes pas certains de savoir qui va encore pouvoir y habiter. Combien sont ceux qui doivent quitter cet endroit auxquels ils sont attachés ? C’est étrange, tout de même, que ce qui est au coeur de la question de l’Habiter - se loger - est peut-être ce sur quoi l’on a le moins de prise. Soumis à la spéculation, c’est le marché qui dépasse largement notre quartier qui dicte sa loi et qui risque de tuer la diversité sociale et culturelle qui fait justement sa qualité et son attraction. ’Le quartier n’est pas à vendre’ aurions-nous envie d’afficher. Le logement est à débattre.
Voilà, c’est un peu de tout cela que veut parler le Festival Habiter. Ce sont là des éléments d’un projet pour ce quartier et - pourquoi pas ? - pour Ixelles que nous voulons discuter avec vous.
Le Festival Habiter