Aujourd’hui, la Chronique se consacre à une recension l’atelier de réflexion citoyen, Eau Zone à Investir, qui a eu lieu le 20 septembre à l’ISA la Cambre
La rencontre a réuni plus de vingt personnes. Certes, ce n’est pas tant, mais ce fut de qualité. Reprenons. L’hypothèse de départ soumise à l’Assemblée était celle-ci : pourrons-nous faire de notre quartier un quartier pilote en matière gestion des eaux de surface ?
Pour introduire la question, quatre personnes étaient invitées. Mme Françoise Onclicx, du service plan, données, prospectives de l’IBGE, Mr Bernard Deprez, architecte et professeur à l’Isa La Cambre, Benoît Thielemens, architecte et professeur à St Luc et Jean Claude Vander Auwera, très bon connaisseur de la situation de Woluwe St Lambert. L’ensemble de ces intervenants s’est employé à nous démontrer qu’il y aurait un intérêt majeur à laisser réapparaîre l’eau dans nos quartiers.
La ville s’est imperméabilisée depuis des décennies. Elles s’est bétonnée, petit à petit, pour des raisons d’hygiène, certes, mais aussi pour des raisons de mobilité et d’autres encore. On a assisté au recouvrement de toutes nos rivières et cours d’eau, quasiment. L’eau à presque disparu, elle est devenue presque invisible dans notre ville.
Le réseau d’égouts - très vieux maintenant - devait capter l’ensemble des eaux de ruissellement. Mais lors des grosses pluies, il n’est pas en capacité d’absorber la masse d’eau qui lui arrive. Il déborde et c’est là l’origine de nos inondations. C’est au fond assez mécanique et facile à comprendre. Notre petite vallée du Maelbeek ne déroge pas à cette règle.
La solution du bassin d’orage est une solution qui tente de répondre à cela. Mais c’est clair, un bassin d’orage n’est pas éternel, cela vielli. Et puis ce n’est pas nécessairement suffisant. Un petit détour par la Woluwe nous démontre combien le gigantisme des travaux n’a pas empêché, l’année dernière et cette année encore, de voir des inondations se multiplier et d’assister au spectacle désolant de voitures qui flottent dans des tunnels. Serait-ce la faillite d’un mode de pensée ?
Ici, la situation semble assez proche. Sous la place Flagey, nous pend au nez le risque d’inondations du parking. Imaginez, si le parking est inondé pendant que des gens assistent au concert à Flagey, que les voitures, comme dans les tunnels de la Woluwe se mettent à flotter ou à s’enfoncer dans les eaux tumultueuses, cela fera mauvais genre. Et cela pourrait être plus cher, plus ennuyeux et plus dangereux que les caves que nous avons voulu sauvegarder avec le bassin d’orage. Même faillite de la même pensée ? On ne peut écarter l’idée.
Certaines pluies, l’année dernière, ont clairement dépassé les capacités du bassin d’orage. Mais si cette question est déjà bien importante, il est une autre chose au moins aussi importante. C’est la perte de la visibilité de l’eau dans la ville. Sa poésie naturelle qui ne nous est plus donnée à voir.
Redonner à l’eau une visibilité dans nos rues, sur nos places, possède une capacité poétique indégnable. Des images d’autres villes d’Europe démontrent cela avec évidence. Les architectes prennent un plaisir à nous faire saisir cela. Et l’on s’émeut de voir une ville où il est donner à l’eau la possibilité de se comporter de manières multiples en s’évaporant, en s’infiltrant dans le sol, en étant ralentie par de multiples systèmes mécaniques et créatifs.
A la ville de l’eau absente, il ne s’agit pas de substituer la ville de l’eau spectacle. On n’est pas à Rome et ses fontaines. Nous n’avons pas le lac Léman. Cette présence poétique peut être le fruit de choses simples, ténues, parfois, mais multiples aussi. Il ressort en tout cas de la démonstration que l’aspect poétique pourrait être important pour la convivialité. Une solidarité de bassin versant pourrait s’élaborer sur la base de la participation des habitants à la réflexion et l’action pour déterminer ces réaménagements.
En outre, tout cela accompagnerait aussi une meilleure gestion économique de l’eau. Des citernes peuvent être installées par exemple. Tout en ralentissant le rejet de l’eau vers les canalisations, elle permet de faire des économies substantielles en eau. On pourrait imaginer que certaines citernes soient collectives, par exemple, aux fins d’être utilisées pour nos jardins, pour laver les voitures, etc.
Rendre la ville plus perméable demandera des efforts sur la durée. C’est chose entendue. Mais voilà, nos quartiers pourraient bien bénéficier d’une fenêtre d’opportunité importante qui pourrait accélérer le processus ici en faisant de ce petit bout de territoire une zone d’expérimentation, un quartier pilote.
Notre quartier bénéficie d’un contrat de quartier dont les aspects de réaménagement de l’espace public sont encore à déterminer. Il s’agit peut-être là d’un premier levier. Par ailleurs, il existe un plan de réfection des voiries de la commune sur trois ans. Par ailleurs encore, diverses voiries régionales du quartier sont en passe d’être refaites. La chose saute aux yeux. Si toutes ces administrations se mettent ensemble, on pourrait peut-être bien commencer à démontrer quelque chose qui pourrait bien avoir une vocation expérimentale.
Un débat - léger et non abouti - s’ouvre sur la ’masse critique’ à atteindre. Certains pensent qu’il faut y aller masivement. D’autres pensent qu’il faut y aller plus modestement. Mais il est possible que le débat soit prématuré. Ce débat là est en tout cas suplanté par celui qui tente d’évaluer la capacité des diverses administrations à travailler de concert. Car il est bien possible que l’innovation centrale sera là. La capacité des divers services communaux et régionaux à se coordonnéer, à phaser leurs plans, à travailler en synergie. En même temps qu’un doute s’installe, une grande envie de les rencontrer ensemble pour leur parler de tout cela émerge.
Ce pourrait être la prochaine étape... A suivre.