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Chronique du 19 septembre - JOIES ET COLERES

Comment est-il possible que ce soit si difficile de trouver sa place lorque l'on veut créer des espaces de convivialité du côté de Malibran-Flagey ?

Table des matières

Bonjour,

Le Festival Habiter Acte II a bien démarré. Un peu d’air dans la campagne ! Tel pourrait être son slogan.

0 - Notre prochain ’grand’ rendez-vous a lieu demain soir.

Il s’agit d’Eau Zone, nous en parlons plus bas. Pour la seconde, parlons des événements passés et de quelques interrogations sur le fonctionnement de notre commune et d’une franche colère.

1 - L’expo Je Cherche Ma Place a bien trouvé sa place

Elle est bien visible dans les vitrines des commerces de la rue Malibran. C’est une belle oeuvre collective d’art urbain en réseau. Il faut absolument la lire dans son contexte : le cadre de la photo en tant que telle et de son histoire, celui de la vitrine dans laquelle chacune des photographies a pris place, celui de la rue Malibran, symbole de la multiculture dans cette ville et, enfin, celui de la campagne électorale. Prendre cet espace fut une gageüre. Il est un pari sur le sens, en passe de réussir. Une anecdote ? Un commerçant peu habitué aux galeries d’art et à la photographie contemporaine finit par choisir une photo de danse dont la particularité est de ’travailler’ le mouvement. En bref, elle est floue. C’est une des dernières photos à placer, l’une des seules qui restent. Il l’accepte toutefois, car d’une part il ne veut pas être hors de la partie et d’autre part, devant le rideau de sa vitrine, c’est vrai qu’elle ’donne’. À peine la photo est-elle placée dans la vitrine qu’une personne déboulant de la rue s’arrête, et tombe littéralement en contemplation : "Ça, c’est une belle photo ! Voilà un magnifique flou." Une dame passe par là, une personne très âgée. Tous deux se connaissent. La conversation s’engage sur ce coin de rue entre ces deux là. La dame ne comprend pas la photo. Comme le commerçant elle dira, mais on ne reconnaît pas la personne qui danse ! Le Monsieur explique alors à la dame son amour du flou : l’impermanence des choses, le mouvement, les évènements qui passent. Par exemple, lui-même photographie les trains : "tous ces gens qui passent et repassent". La porte du commerce est ouverte. Le tenancier, sur le pas de la porte, légèrement en retrait, écoute, un peu interloqué. On peut dire autant de choses autour d’une image ! Eh oui, mon bon monsieur, une image, ça parle. Il faut savoir l’écouter.

Des anecdotes de la sorte, nous en avons des dizaines, on en reparlera plus tard. Sachez cependant que ces images disent que le poissonnier et le boulanger ne manquent pas d’humour, que les mains qui cherchent trouvent parfois, que trouver sa place n’est pas toujours souhaitable lorsque l’on a un esprit de recherche, que les visages de campagne occultent les visages de quartier, mais que ces derniers se défendent, que nos rues peuvent ressembler à celles d’Andalousie, que le marchand d’échafaudages aime les échafaudages, que la commerçante la plus ancienne de la rue contemple chaque jour l’acte tellement quotidien du patron du snack ouvrant son four, que l’abstraction est mieux comprise qu’on ne le croit, que, que, etc.

2 - L’administration a de la suite dans les idées. Nous aussi.

Nous venons de recevoir la facture du nettoyage de la rue après JCMP. On se rappellera que de grandes fresques avaient été peintes sur le sol. Il est aussi vrai que certaines de ces fresques étaient tenaces, les jeunes artistes n’avaient pas lésiné sur la quantité de peinture. A la suite de cela, il nous avait été signifié que les peintures sur la rue étaient inacceptables. Il fallait les retirer. Les raisons en étaient que certaines de ces fresques mimant des passages pour piétons pouvaient être un danger. Bien que certains membres de l’administration aient évoqué l’incongruité de cet argument, nous avions signifié notre bonne foi en nous proposant de nettoyer nous-mêmes ces oeuvres peintes. Le Collège a décidé à ce moment qu’il prendrait en charge le nettoyage. Ce qui fut fait. Un an plus tard, deux jours avant l’inauguration de l’expo de JCMP, nous recevons la facture de ce nettoyage de peinture. Cette arrivée tardive de cette facture n’est-elle due qu’au trop lent cheminement de l’administration ?

Peut-être, mais nous rappellerons toutefois les déboires que nous avons eus l’année dernière pour pouvoir mettre en place cette manifestation artistique de rue. Les impossibilités d’ouvrir complètement la rue aux piétons se sont succédées jusqu’à la veille de la manifestation. Les plus hautes autorités ne voulaient pas interdire le stationnement. Ce qui était en cause officiellement ? Le fait apparemment que cela posait des problèmes aux commerçants. C’était faux. Sur 42 commerçants rencontrés, 41 avaient signé un document exprimant qu’ils étaient pour la fête et un seulement émettait une condition. Ils ne voyaient pas d’inconvénients à ce que les voitures soient retirées 24 heures à partir du samedi soir.

Les photos de JCMP dans les vitrines des commerces rappellent, elles, que les commerçants sont désireux de cette qualité citoyenne dans les quartiers et qu’ils nous font confiance. Nous sommes aussi tenaces.

3 - La Fête de la rue de la Brasserie a bien eu lieu, rue de la Brasserie.

La fête fut une vraie fête. Musique, danse, bonne nourriture, dialogue, rencontre, jeux, espaces de liberté, etc. Mais...

4 - ... Mais que la fête a été dure à mettre en place.

Alors qu’en 2004 toutes les autorisations avaient été données sans trop de difficultés pour faire la fête rue de la Brasserie, cette année, ce fut un véritable challenge pour pouvoir les obtenir. Le Collège devait, pour autoriser la fête et apporter son soutien matériel et financier, recevoir un rapport de police avec des consignes de sécurité. Le bourgmestre a, dans un premier temps, déclaré avoir reçu un rapport négatif, mais qui s’étayait sur une mauvaise compréhension du plan de la fête. Le Collège a donc souhaité que la police soit mieux informée du plan pour pouvoir donner un avis éclairé. Cette demande n’a pas été transmise à la Police. Aussi, lors du dernier Collège qui a précédé le jour de la fête, le Bourgmestre a déclaré qu’il voulait bien autoriser l’occupation des rues de la Levure et du Serpentin, mais pas celle de la rue de la Brasserie. Le Collège a donc demandé que le Bourgmestre reçoive le lendemain le Comité organisateur pour dialoguer à partir de cette décision. Mais, le lendemain, le Comité recevait une instruction toute différente : la fête devait se passer rue de la Cuve et dans un petite partie de la rue du Serpentin. Avertis par le Comité organisateur, certains membres du Collège ont sollicité le Bourgmestre pour qu’il revienne sur sa décision. Le jeudi soir, il finit par céder et par déclarer verbalement qu’il ne s’opposerait pas à l’occupation des trottoirs rue la Brasserie. C’est avec cette autorisation verbale que le Comité organisateur a dû négocier avec la police pour que celle-ci ne suive pas les instructions expédiées par le Cabinet du Bourgmestre, qui n’autorisaient la fête que rue de la Cuve et dans une partie de la rue du Serpentin.

Ce qui est troublant, c’est qu’à aucun moment, les responsables de la sécurité n’ont reçu pour instruction de dialoguer avec les responsables de la fête pour voir comment aménager les espaces en fonction de la sécurité. De plus quelques affiches ayant été posées accidentellement sur des immeubles inoccupés, la police a reçu instruction d’enlever ces affiches. Cette instruction s’est transformée, dans les faits, par le passage d’un policier dans les commerces de la rue de la Brasserie, pour enlever les affiches annonçant la fête. Outre qu’ils n’en avaient pas le droit, cela a créé un trouble chez les commerçants et que l’image d’une police de proximité qui interdit une fête de convivialité, cela fait mauvais genre.

In fine, grâce au travail acharné des organisateurs, de quelques échevins et grâce aussi au fait que la police ne comprenait pas elle-même les fondements d’une interdiction aussi formelle, la fête a pu avoir lieu là où elle avait été prévue au départ, mais avec des inconvénients majeurs : pas de rues fermées, pas d’interdiction de stationner, pas de tentes, pas de podium etc...

Si vous connaissez la rue de la Brasserie, vous observerez que les trottoirs sont très étroits. Comme les voitures restaient stationnées, la place donc était limitée. Cela a créé des situations désagréables où nous avons été témoins des risques que devaient prendre les gens dans leur demande de convivialité et d’occupation - pour un jour - de l’espace public pour se rencontrer et faire la fête. Nous avons été témoins du stress que subissaient les agents de sécurité voulant assurer leur fonction honnêtement, entre injonction administrative et joie populaire. Nous avons été dans l’incapacité de déployer pleinement nos espaces de rencontre.

Plusieurs commerçants nous ont clairement exprimé leur dégoût du politique. Leur non-confiance dans le pouvoir. Plusieurs nous disent largement se détourner de la chose publique. Nous affirmons qu’à l’heure actuelle, le repli identitaire et un certain poujadisme sont aussi dûs au fait que certains de ceux qui ont à s’occuper de la Chose publique, la privatisent.

5 - Comment se fait-il qu’année après années nous devions à ce point ramer pour obtenir de simples autorisations aux fins de créer des espaces de rencontre et de permettre une créativité publique ? Comment se fait-il qu’il soit si difficile de trouver sa place ?

D’où cela vient-il ? Du simple fonctionnement administratif et de ses lenteurs ? Ou plutôt s’agit-il d’un territoire que nous ne devrions pas occuper ? Se pourrait-il qu’il y ait des chasses gardées ? Où alors, est-ce parce que l’on donne peu de considérations à l’action citoyenne dans cette commune ? Serait-ce valeur négligeable ? Ou encore, a-t-on peur dans cette commune d’une parole libre et d’un libre examen des choses et surtout de la créativité et de l’expression dans l’espace public ? A-t-on peur du débat public ? A moins que ce ne soit ceci : y aurait-il quelque part un monopole de la fraternité qui serait mis en danger ? Y a-t-il des garants de la solidarité qui se sentent mis en cause ? Il faut maintenant des réponses car...

... IL SUFFIT.

6 - Cela fait près de dix ans que nous agissons dans ces quartiers de manière positive.

Cela fait dix ans que nous sommes là à vouloir créer une culture du dialogue et de l’intelligence collective. Que nous proposons que l’habitant et l’usager participent à la définition de leur environnement. Nous avons commencé dans nos débuts, rappelons-nous à créer de l’esprit public à partir des lieux privés ? L’espace public nous ayant été interdit par l’ancienne majorité. Les choses ne changent pas tant. Cela fait des années que non seulement les pouvoirs publics locaux ne nous reconnaissent que si peu, mais que surtout, l’on nous met des bâtons dans les roues.

7 - Nous ne travaillons pour aucun parti et notre parole est libre.

Nos valeurs sont autant celles du libéralisme philosophique (de la liberté d’entreprendre aussi), que celles de l’égalité des doits sociaux et d’expression (ce qui nécessite certaines redistributions), ou de l’humanisme (évidemment), ou encore enfin, de l’écologie politique pour un développement assumable par les générations futures. Nous prônons la diversité culturelle dans le dialogue, bien sûr, l’antiracisme et l’antixénophobie, et nous luttons contre toute forme d’extrémisme. Nous nous revendiquons d’une citoyenneté qui ne se veut pas aller à la conquête du pouvoir. C’est sur la base de toutes ces valeurs que nous exerçons notre légitimité de contre-pouvoir en nous différenciant ,dans les pratiques, de celles du pouvoir.

Le clientélisme en politique doit être chose révolue. Nous ne nous plierons donc pas à ceux qui veulent nous interdire de dire et de vivre ce que nous pensons. Un faisceau de présomption nous amène à considérer que pour l’heure, la responsabilité majeure de cette médiocrité ixelloise locale en incombe à une vision politique ancienne, étriquée et par trop gestionnaire qui continue de sévire au sein même de nos instances communales. Il ne s’agit pas ici de faire la guerre avec qui que ce soit, mais d’exprimer ce qui est et de soutenir des transformations réelles. L’ennemi se trouve à cet endroit même où la question est rendue interdite, où la transformation n’est pas possible.

Le Festival Habiter est une manière de lutter pour une ouverture intelligente. Avançons donc.

8 - Venons à la suite du programme du Festival Habiter et aux choses sérieuses

Le prochain grand rendez-vous aura lieu ce mercredi 20 septembre à 20 heures, à l’ISA la Cambre. Eau zone à investir. Cela avait été annoncé de longue date, la question de l’eau et des inondations ne sera pas révolue avec la construction du bassin d’orage. Les inondations de la Woluwe où l’on a vu des voitures flotter dans un parking au-dessus d’un bassin d’orage, laissent présager de joyeuses flottaisons analogues dans le parking prévu place Flagey.

Nous revenons donc à la charge, cinq ans après, pour remettre en débat/action une politique de l’eau alternative. Ce n’est pas au fond de la vallée que la question doit être résolue mais dans tout le bassin versant où il faut établir une solidarité.

Il y a une fenêtre d’opportunité pour élaborer des changements profonds, entre un contrat de quartier dans lequel doivent encore être définis les espaces publics, un réaménagement des voiries dans le cadre d’un plan triennal et une politique régionale pour un plan pluie. Si tous les acteurs travaillent en bonne intelligence, une avancée sera possible. Nous tenterons de démontrer cela ce soir-là.

Vos réponses seront bienvenues dans les commentaires de cette page (voir bas de la page).

La coordination du Festival Habiter